Le vrai et le généré
ObjectifSavoir vérifier une image ou une vidéo qui circule.
Déroulé
- 5 min
Accroche
Décrire, sans la montrer, la photo du pape François en longue doudoune blanche, qui a circulé en mars 2023. Faire voter : vraie ou générée ? Demander sur quoi chacun s’appuie. Annoncer que l’œil ne suffit plus, et qu’il faut une méthode.
- 5 min
Quatre gestes
Écrire au tableau les quatre gestes de la méthode. S’arrêter, avant de partager ou de réagir. Enquêter sur la source : qui publie, depuis quand, dans quel but ? Trouver d’autres sources fiables qui en parlent. Remonter à l’origine : la première publication, la date, le lieu.
- 20 min
L’enquête
Groupes de trois ou quatre. Chaque groupe reçoit deux cartes de publications et le dossier d’enquête, dont les fiches sont mélangées. Pour chaque publication, il retrouve la fiche correspondante, applique les quatre gestes et conclut : générée par IA, authentique, vraie mais sortie de son contexte, ou manipulée sans IA. Il note la preuve. Rôles : une personne lit, une cherche dans le dossier, une écrit.
- 10 min
Mise en commun
Publication par publication, un groupe présente sa conclusion et sa preuve. Faire remarquer que deux publications sur six seulement sont générées par IA : une photo ancienne réutilisée ou une vidéo ralentie trompent aussi bien. Souligner que la preuve vient toujours de la source et du contexte, jamais d’un détail de l’image.
- 5 min
Détecteurs et marquage
Expliquer que les détecteurs automatiques se trompent souvent : OpenAI a retiré le sien en 2023, faute de fiabilité. Présenter le marquage, invisible ou dans les informations du fichier, que certains générateurs ajoutent, et l’obligation européenne de signaler les hypertrucages. Conclure que ces outils aident, sans remplacer l’enquête.
- 5 min
Trace écrite
Projeter la trace écrite, la faire recopier ou distribuer la version imprimée.
- 5 min
Vérification
Lire les quatre questions. Les élèves notent la lettre de leur réponse, puis la correction suit aussitôt.
Savoir professeur
Les connaissances utiles pour faire la séance. Environ dix minutes de lecture.
Place de la séance
La lettre de saisine demande de relier l’IA à l’éducation aux médias et à l’information. Cette séance y est entièrement consacrée : après avoir vu comment l’IA génère images, voix et vidéos, les élèves apprennent à vérifier ce qui circule. Le message central surprend souvent : l’œil ne suffit plus, et l’IA n’est qu’une des façons de tromper.
Limites des indices visuels
Il y a quelques années, les images générées se trahissaient par des mains à six doigts, des textes illisibles, des reflets impossibles. Ces défauts ont beaucoup diminué dans les générateurs récents. Inversement, une vraie photo compressée ou retouchée peut présenter des anomalies. Apprendre aux élèves à chercher des défauts visuels leur donne une fausse assurance : ils rejetteront de vraies images et croiront des images générées bien faites.
Méthode en quatre gestes
La méthode de la séance s’inspire de celle proposée en 2019 par le chercheur américain Mike Caulfield, connue sous le sigle SIFT.
- S’arrêter. Les contenus trompeurs jouent sur l’émotion et l’urgence. Avant de partager ou de réagir, on s’arrête.
- Enquêter sur la source. Qui publie ? Depuis quand ce compte existe-t-il ? Dans quel but ? Un compte à l’apparence officielle peut être faux.
- Trouver d’autres sources. Des médias fiables, des institutions concernées en parlent-ils ? L’absence de toute confirmation est un indice fort.
- Remonter à l’origine. Retrouver la première publication, sa date et son lieu, par exemple avec une recherche d’image inversée.
Six publications
Quatre publications sont réelles. La photo du pape en doudoune, en mars 2023, a été créée avec le générateur Midjourney par un internaute de Chicago, qui l’a expliqué à la presse. La photo de l’explosion près du Pentagone, en mai 2023, était générée ; elle a été démentie par les pompiers du comté, mais a fait brièvement baisser la bourse américaine. La vidéo de Nancy Pelosi, en 2019, n’utilisait aucune IA : un enregistrement réel avait été ralenti pour rendre sa voix pâteuse. La Bille bleue est une photo authentique de la Terre, prise le 7 décembre 1972 par l’équipage d’Apollo 17.
Deux publications sont fictives mais typiques : une photo d’inondation ancienne présentée comme récente, et une vidéo truquée d’un présentateur qui recommande un placement, procédé très répandu pour attirer vers des arnaques. Le dossier d’enquête joue le rôle de la recherche en ligne ; ses fiches sont numérotées dans le désordre pour que les élèves fassent le lien eux-mêmes.
Les quatre conclusions possibles sont représentées : généré par IA, authentique, vrai mais sorti de son contexte, manipulé sans IA. Il est voulu que deux publications seulement sur six soient générées : la désinformation n’a pas attendu l’IA.
Détecteurs et marquage
Des outils promettent de dire si un contenu est généré. Ils se trompent souvent, dans les deux sens. En 2023, OpenAI a retiré son propre détecteur de textes générés, faute de fiabilité. Pour les images, certains générateurs ajoutent un marquage invisible, et une norme permet d’inscrire dans le fichier son origine et ses modifications. Ces marques sont utiles quand elles existent, mais elles peuvent manquer ou être effacées. Le règlement européen sur l’IA oblige à signaler les hypertrucages. Tout cela complète l’enquête sans la remplacer.
Dividende du menteur
L’existence des hypertrucages a un effet inattendu : elle permet de nier un document authentique en affirmant qu’il est généré. Des juristes américains ont appelé ce phénomène le dividende du menteur. La méthode d’enquête protège donc de deux erreurs : tout croire et tout soupçonner. Le but n’est pas que les élèves doutent de tout, mais qu’ils sachent sur quoi fonder leur confiance : une source identifiée, des confirmations indépendantes, une origine retrouvée.
Conduite de la séance
Ne montrer aucune image : la description suffit et évite de diffuser des contenus trompeurs. Refuser les conclusions fondées sur un détail visuel seul ; demander toujours la preuve dans la source. La mise en commun peut se terminer par le risque inverse : prétendre qu’un vrai document est truqué pour s’en débarrasser.
Vocabulaire et erreurs fréquentes
Employer : source, première publication, recherche d’image inversée, hors contexte, hypertrucage, marquage.
Deux idées reçues reviennent. « On reconnaît une image générée à ses défauts » : de moins en moins. « Si c’est vrai, ce n’est pas trompeur » : une vraie photo sortie de son contexte l’est autant.
Version avec ordinateurs
- Avec ordinateurs, les groupes enquêtent en ligne au lieu d’utiliser le dossier : recherche d’image inversée, sites de vérification des médias, comptes officiels des institutions citées.
- Pour chaque conclusion, exiger l’adresse de la page qui la prouve, et faire juger sa fiabilité avec les questions de la séance 16.
- Les publications fictives, la rue inondée et la vidéo du présentateur, se traitent avec le dossier : elles ne correspondent à aucun contenu réel à retrouver.
Version sans ordinateur
Le déroulé ordinaire se fait déjà sans ordinateur. Les fiches du dossier tiennent lieu de recherche en ligne.
Matériel
- Les six cartes de publications, une planche pour trois groupes, découpées.
- Le dossier d’enquête, six fiches mélangées, un exemplaire par groupe.
Consignes
- Ne montrer aucune image : les cartes les décrivent, ce qui suffit et évite de faire circuler des contenus trompeurs.
- Préciser que deux publications sont fictives, inventées pour la séance, mais typiques de cas fréquents ; les quatre autres sont réelles.
- Refuser toute conclusion fondée sur un détail visuel seul, comme « les mains sont bizarres » : demander la preuve dans la source.
Dossier documentaire (six fiches)
Fiche 1
Des médias de vérification comparent la vidéo à l’enregistrement original d’une conférence, diffusé en direct par une chaîne de télévision. La vidéo virale a été ralentie d’environ un quart, ce qui rend la voix pâteuse. Aucun outil d’IA n’a été utilisé.
Fiche 2
La chaîne de télévision publie un communiqué : son présentateur n’a jamais fait cette déclaration. Le lien sous la vidéo mène à un site enregistré il y a trois jours à l’étranger. Plusieurs vidéos du même type, avec d’autres personnalités, circulent.
Fiche 3
Un homme de Chicago explique à la presse avoir fabriqué l’image avec le générateur d’images Midjourney et l’avoir publiée sur un forum consacré aux images générées. Aucune photo du pape dans ce vêtement n’existe dans les agences de presse.
Fiche 4
Une recherche d’image inversée retrouve la même photo dans un article de presse de 2016, consacré à des inondations dans un autre pays. Les services météorologiques n’ont signalé aucune pluie importante ce matin dans la ville citée.
Fiche 5
Les pompiers du comté où se trouve le bâtiment publient un message : aucune explosion ni aucun incident n’a eu lieu. Aucun journaliste présent à Washington ne confirme. L’image présente des incohérences dans la clôture et les façades.
Fiche 6
La NASA conserve dans ses archives publiques la photo AS17-148-22727, prise le 7 décembre 1972 par l’équipage de la mission Apollo 17, en route vers la Lune. Elle a été publiée dès 1972.
Corrigé des cartes
- Le pape en doudoune Générée par IA. Fiche 3 : son auteur, un internaute américain, a expliqué l’avoir créée avec un générateur d’images.
- L’explosion au Pentagone Générée par IA. Fiche 5 : les pompiers du comté ont démenti toute explosion, et aucun journaliste sur place ne l’a confirmée.
- La responsable politique ivre Manipulée sans IA. Fiche 1 : la vidéo originale existe ; elle a été ralentie pour déformer la voix.
- La Terre vue de l’espace Authentique. Fiche 6 : la photo, appelée la Bille bleue, a été prise le 7 décembre 1972 par l’équipage d’Apollo 17 ; elle figure dans les archives de la NASA.
- La rue inondée Vraie mais sortie de son contexte. Fiche 4 : une recherche d’image inversée la retrouve dans un article de 2016, dans un autre pays.
- Le présentateur qui conseille un placement Générée par IA, hypertrucage. Fiche 2 : la chaîne et le présentateur ont démenti ; la vidéo renvoie vers un site d’arnaque.
Trace écrite
Une image ou une vidéo qui circule peut être générée par IA, mais aussi authentique et sortie de son contexte, ou manipulée sans IA. Les indices visuels ne suffisent plus à le savoir.
Pour vérifier : s’arrêter avant de partager ; enquêter sur la source ; trouver d’autres sources fiables ; remonter à l’origine, à la première publication, sa date et son lieu.
Les détecteurs automatiques se trompent souvent, et le marquage des contenus générés n’est pas encore généralisé : ils aident, sans remplacer l’enquête.
Vérification
À projeter ou à lire en fin de séance. La réponse s’affiche en cliquant sur « Réponse ».
-
Quel est le premier geste face à une image choquante qui circule ?
- ALa partager vite pour prévenir les autres.
- BS’arrêter, avant de partager ou de réagir.
- CZoomer pour chercher des défauts.
Réponse
B. Les contenus trompeurs comptent sur la réaction immédiate. S’arrêter laisse le temps d’enquêter.
-
Pourquoi ne peut-on pas se fier aux défauts visibles, comme des mains déformées ?
- AParce que les générateurs récents en font beaucoup moins, et qu’une vraie photo peut aussi avoir des défauts.
- BParce que les images générées n’ont jamais de défauts.
- CParce qu’il faut un logiciel spécial pour les voir.
Réponse
A. Les indices visuels deviennent rares et peu fiables. La preuve vient de la source et du contexte.
-
La photo de la rue inondée est réelle. Pourquoi est-elle trompeuse ?
- AParce qu’elle a été retouchée.
- BParce qu’elle est présentée comme récente et locale alors qu’elle date de 2016 et vient d’ailleurs.
- CParce qu’elle a été générée par IA.
Réponse
B. Une photo authentique sortie de son contexte trompe autant qu’une image générée. La recherche d’image inversée permet de retrouver sa première publication.
-
Que penser d’un détecteur qui annonce « image générée à 92 % » ?
- AC’est une preuve.
- BC’est un indice parmi d’autres, car ces détecteurs se trompent souvent.
- CIl faut le croire s’il dépasse 90 %.
Réponse
B. OpenAI a retiré son propre détecteur de textes en 2023, faute de fiabilité. Un score ne remplace pas l’enquête sur la source.
Questions difficiles
Questions d’élèves embarrassantes, avec une réponse possible.
Pourquoi les vidéos ralenties ou les vieilles photos, ça compte, puisque ce n’est pas de l’IA ?
Parce que la question est de savoir si un contenu dit vrai, pas comment il a été fabriqué. Les manipulations simples, sans IA, restent très fréquentes. L’IA ajoute des outils, mais la méthode d’enquête est la même.
Il existe des sites qui disent si une image est générée ?
Oui, mais ils se trompent souvent, dans les deux sens, et une image retouchée ou compressée les induit en erreur. Certains générateurs ajoutent un marquage invisible, et des normes permettent d’inscrire l’origine d’un fichier ; ces marques peuvent manquer ou être effacées. Ce sont des indices, pas des preuves.
Si une image est vraie mais que tout le monde croit qu’elle est fausse ?
C’est l’autre danger des hypertrucages : on peut rejeter un document authentique en prétendant qu’il est généré. Des chercheurs parlent du dividende du menteur. La même enquête sur la source protège des deux erreurs.
Qui doit vérifier, moi ou les réseaux sociaux ?
Les deux. Le règlement européen sur les services numériques oblige les grandes plateformes à lutter contre la désinformation, et le règlement sur l’IA impose de signaler les hypertrucages. Mais chacun reste responsable de ce qu’il partage.