La reconnaissance faciale
ObjectifComprendre comment une machine reconnaît un visage, et juger quand son usage est acceptable.
Déroulé
- 5 min
Accroche
Demander : qui déverrouille son téléphone avec son visage ? Puis : est-ce la même chose qu’une caméra de rue qui reconnaît les passants ? Laisser répondre, puis distinguer au tableau vérifier (suis-je bien la personne que je prétends être ?) et identifier (qui est cette personne, parmi des milliers ?).
- 8 min
Le principe
Expliquer en trois étapes. La machine repère le visage dans l’image. Elle le transforme en une liste de nombres, son empreinte. Elle compare cette empreinte à d’autres et déclare deux visages identiques si elles sont assez proches, selon un seuil. Faire trouver les deux erreurs possibles : ne pas reconnaître la bonne personne, ou confondre deux personnes. Rappeler la séance 21 : ces erreurs ne touchent pas tout le monde de la même façon.
- 12 min
Le calcul des fausses alertes
Binômes. Distribuer les deux cartes de calcul. Chaque binôme calcule le nombre de vraies alertes et de fausses alertes, puis la part des alertes justes. Mise en commun rapide : un système juste à 99 % produit surtout des fausses alertes quand les personnes recherchées sont rares. Rôles : l’un calcule, l’autre vérifie.
- 15 min
Six usages
Groupes de trois ou quatre, deux cartes d’usage par groupe. Pour chaque usage, le groupe répond à quatre questions : s’agit-il de vérifier ou d’identifier ? Les personnes ont-elles le choix ? Un moyen moins intrusif suffirait-il ? Que se passe-t-il en cas d’erreur ? Il rend un avis : acceptable, acceptable sous conditions, ou inacceptable. Rôles : une personne lit, une note, une présentera.
- 5 min
Les règles
Chaque groupe donne un avis en une phrase. Compléter avec le corrigé. Présenter les interdictions du règlement européen sur l’IA, en vigueur depuis février 2025 : la notation sociale, la constitution de bases de visages par collecte massive d’images en ligne, et l’identification à distance en temps réel dans l’espace public par la police, sauf exceptions strictes.
- 5 min
Trace écrite
Projeter la trace écrite, la faire recopier ou distribuer la version imprimée.
- 5 min
Vérification
Lire les quatre questions. Les élèves notent la lettre de leur réponse, puis la correction suit aussitôt.
Savoir professeur
Les connaissances utiles pour faire la séance. Environ dix minutes de lecture.
Place de la séance
La séance 21 a montré que les systèmes de reconnaissance des visages se trompent davantage sur certaines personnes. La séance 22 a présenté les données personnelles. Celle-ci réunit les deux autour d’une question de société : quand est-il acceptable qu’une machine reconnaisse un visage ? Elle donne un outil de calcul, puis un outil de jugement.
Principe de la reconnaissance faciale
Un système de reconnaissance faciale procède en trois étapes. Il détecte d’abord un visage dans une image. Il le transforme ensuite en une liste de quelques centaines de nombres, appelée empreinte ou gabarit, calculée par un réseau de neurones entraîné sur des millions de visages. Il compare enfin cette empreinte à une ou plusieurs autres : si la distance entre elles est inférieure à un seuil, il conclut que c’est la même personne.
Deux usages se distinguent nettement. Vérifier, c’est comparer un visage à une seule empreinte : suis-je bien le propriétaire de ce téléphone, le titulaire de ce passeport ? Identifier, c’est comparer un visage à toute une base : qui est cette personne ? L’identification à distance, sur des passants qui ne le savent pas, pose des questions bien plus graves que la vérification consentie.
Le système peut se tromper de deux façons : ne pas reconnaître la bonne personne, ou déclarer identiques deux personnes différentes. Le seuil règle l’équilibre entre ces deux erreurs ; on ne peut pas faire baisser l’une sans faire monter l’autre. Comme l’a montré l’étude de Joy Buolamwini et Timnit Gebru vue à la séance 21, les erreurs sont plus fréquentes pour certains groupes, en particulier les femmes à la peau foncée, quand les données d’entraînement sont déséquilibrées.
Calcul des fausses alertes
Le calcul du stade est le cœur scientifique de la séance. Un système qui se trompe une fois sur cent semble excellent. Mais appliqué à 50 000 personnes dont 5 seulement sont recherchées, il produit environ 500 fausses alertes pour 5 vraies : une alerte sur cent seulement est juste. Ce phénomène porte un nom en statistique, le paradoxe des faux positifs. Il apparaît chaque fois qu’on cherche quelque chose de rare dans une très grande population.
Rendre le seuil plus strict réduit les fausses alertes, mais fait manquer davantage de personnes recherchées. Il n’existe pas de réglage parfait : régler le seuil est un choix, qui dépend de ce que coûte chaque erreur. Une fausse alerte, c’est une personne innocente contrôlée, parfois arrêtée. Aux États-Unis, plusieurs personnes ont été arrêtées à tort après une identification erronée par un logiciel, et la plupart d’entre elles étaient noires.
Six usages
Les cartes ont été choisies pour couvrir tout l’éventail, de l’usage le plus banal au plus inquiétant. Quatre questions guident l’analyse : vérifier ou identifier, choix laissé aux personnes, existence d’un moyen moins intrusif, conséquences d’une erreur. La troisième question reprend le principe de proportionnalité du droit européen : un moyen qui atteint aux libertés n’est permis que s’il est nécessaire et qu’aucun moyen plus doux ne suffit.
Les lycées de Nice et Marseille sont le cas le plus proche des élèves. En 2019, la CNIL a jugé le projet contraire aux principes de proportionnalité et de minimisation des données, parce qu’un contrôle par badge atteignait le même but. Elle a rappelé que les données biométriques sont particulièrement sensibles, et plus encore pour des mineurs. Le tribunal administratif de Marseille a annulé le projet en février 2020.
La base de visages est celle de l’entreprise Clearview AI, qui a constitué une base de plus de vingt milliards de photos copiées sur internet. La CNIL l’a condamnée en octobre 2022 à 20 millions d’euros d’amende et lui a ordonné de supprimer les données des personnes en France. D’autres autorités européennes ont prononcé des sanctions semblables.
Les Jeux olympiques de 2024 illustrent la vidéosurveillance algorithmique : un logiciel analyse les images pour repérer des situations prédéfinies, comme un mouvement de foule ou un objet abandonné, sans reconnaître les visages. La loi du 19 mai 2023 l’a autorisée à titre expérimental jusqu’en mars 2025. Sa prolongation fait débat.
L’aéroport et le téléphone sont des vérifications avec choix. L’enfant perdu, cas imaginé, montre qu’un usage d’identification peut être légitime dans des circonstances graves et encadrées : c’est exactement l’une des exceptions prévues par le droit européen.
Règles en vigueur
Le règlement européen sur l’IA interdit depuis le 2 février 2025 plusieurs pratiques : la notation sociale des personnes, la constitution de bases de reconnaissance faciale par collecte non ciblée d’images sur internet ou de vidéosurveillance, la catégorisation biométrique qui déduit d’un visage les opinions politiques, la religion ou l’orientation sexuelle, et la reconnaissance des émotions à l’école et au travail. Il interdit aussi l’identification biométrique à distance en temps réel dans les espaces publics par les forces de l’ordre, sauf pour trois motifs : rechercher des victimes d’enlèvement ou des personnes disparues, prévenir une menace terroriste imminente, localiser le suspect d’un crime grave. Chaque usage exige une autorisation préalable d’un juge ou d’une autorité indépendante. Les autres systèmes biométriques sont classés à haut risque et soumis à des obligations strictes.
En France, le règlement général sur la protection des données interdit en principe le traitement des données biométriques, sauf exceptions. La CNIL contrôle ces usages et peut sanctionner.
Apports de la reconnaissance faciale
La séance ne doit pas laisser croire que la technique ne sert qu’à surveiller. Elle protège l’accès à un téléphone mieux qu’un code court. Elle accélère le passage aux frontières. Des applications l’utilisent pour aider des personnes aveugles à savoir qui se trouve devant elles. Elle peut aider à retrouver une personne disparue. Ce qui compte n’est pas la technique en elle-même, mais l’usage qu’on en fait, son encadrement et les recours ouverts en cas d’erreur.
Conduite de la séance
Les élèves ont souvent un avis tranché, dans un sens ou dans l’autre. Le calcul des fausses alertes déplace la discussion des opinions vers les faits : il convainc mieux qu’un discours. Pendant l’analyse des usages, faire justifier chaque avis par l’une des quatre questions. Ne jamais utiliser de photo d’élève, même pour une démonstration. La question des armes autonomes surgit parfois : elle figure parmi les questions difficiles, et peut être reprise à la séance 30.
Vocabulaire et erreurs fréquentes
Employer : reconnaissance faciale, donnée biométrique, vérifier, identifier, seuil, fausse alerte, proportionnalité.
Trois idées reçues reviennent. « Un système juste à 99 % ne se trompe presque jamais » : tout dépend de la rareté de ce qu’on cherche. « La reconnaissance faciale est interdite en Europe » : elle est encadrée, et certains usages seulement sont interdits. « Les caméras des Jeux reconnaissaient les visages » : la loi l’excluait.
Version avec ordinateurs
- Le calcul et l’analyse des usages se font sur papier.
- Pendant l’étape « Le calcul des fausses alertes », les élèves peuvent refaire le calcul dans un tableur en faisant varier le taux d’erreur et le nombre de personnes recherchées.
- Pendant l’étape « Les règles », le professeur peut projeter la page de la CNIL sur l’expérimentation dans deux lycées de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
- Aucune photo d’élève n’est utilisée ni transmise à un outil en ligne.
Version sans ordinateur
Le déroulé ordinaire se fait déjà sans ordinateur. Une calculatrice suffit pour le calcul des fausses alertes.
Matériel
- Les deux cartes de calcul, une par binôme.
- Les six cartes d’usage, une planche par groupe, découpées.
Consignes
- Ne jamais faire d’essai avec des photos d’élèves, même pour illustrer le principe.
- Accepter les avis différents sur les usages : la séance apprend à justifier un avis, pas à trouver une réponse unique.
- Rappeler que la vidéoprotection classique, sans analyse automatique, n’est pas l’objet de la séance.
Corrigé des cartes
- Calcul 1. Le stade Vraies alertes : environ 5. Fausses alertes : 1 % de 49 995, soit environ 500. Sur 505 alertes, une sur cent seulement est juste. Chaque fausse alerte peut mener à un contrôle injustifié.
- Calcul 2. Un seuil plus strict Vraies alertes : environ 4 ou 5. Fausses alertes : environ 50. Une alerte sur onze environ est juste. On a beaucoup moins de fausses alertes, mais on risque de manquer une personne recherchée. Régler le seuil, c’est choisir entre deux erreurs.
- Usage 1. Le téléphone Vérifier, avec le choix de la personne, et les données restent sur l’appareil. Acceptable : une erreur bloque le téléphone, le code prend le relais.
- Usage 2. Les lycées, 2019 Vérifier, avec consentement, mais le consentement d’élèves face à leur établissement est fragile. Un badge suffit. Inacceptable : données biométriques de mineurs sans nécessité.
- Usage 3. La base de visages Identifier, sans aucun choix des personnes. Inacceptable : collecte massive illégale. Le règlement européen interdit désormais ce type de base.
- Usage 4. Les Jeux olympiques, 2024 Ni vérifier ni identifier : repérer des situations. Acceptable sous conditions : durée limitée, évaluation, contrôle de la CNIL. La prolongation de l’essai fait débat.
- Usage 5. L’aéroport Vérifier, avec le choix de passer au guichet. Acceptable sous conditions : comparaison au seul passeport, pas de conservation inutile, recours humain en cas d’erreur.
- Usage 6. L’enfant perdu Identifier, dans l’espace public, en temps réel. Acceptable sous conditions : le règlement européen autorise ce cas exceptionnel de recherche d’une personne disparue, avec une autorisation préalable et pour une durée limitée.
Trace écrite
Pour reconnaître un visage, une machine le transforme en une liste de nombres, puis la compare à d’autres. Elle peut se tromper de deux façons : ne pas reconnaître une personne, ou en confondre deux.
Vérifier une identité, avec l’accord de la personne, n’a pas les mêmes enjeux qu’identifier des inconnus à distance. Quand les personnes recherchées sont rares, même un système très précis produit surtout des fausses alertes.
Le règlement européen interdit la notation sociale, les bases de visages collectés en masse et, sauf exceptions strictes, l’identification à distance en temps réel par la police. Un usage se juge sur sa nécessité, le choix laissé aux personnes et les recours en cas d’erreur.
Vérification
À projeter ou à lire en fin de séance. La réponse s’affiche en cliquant sur « Réponse ».
-
Déverrouiller son téléphone avec son visage, c’est :
- AIdentifier une personne parmi des milliers.
- BVérifier que la personne est bien le propriétaire du téléphone.
- CSurveiller les passants.
Réponse
B. Le téléphone compare un visage à une seule empreinte, celle de son propriétaire, qui l’a enregistrée lui-même. C’est une vérification, pas une identification.
-
Un système juste à 99 % surveille 50 000 personnes, dont 5 recherchées. Que donne-t-il surtout ?
- ADes alertes presque toujours justes.
- BDes fausses alertes, environ cent fois plus nombreuses que les vraies.
- CAucune alerte.
Réponse
B. 1 % de 50 000, cela fait environ 500 fausses alertes, contre 5 vraies. Quand ce qu’on cherche est rare, les erreurs l’emportent sur les bonnes détections.
-
Pourquoi la CNIL a-t-elle jugé disproportionnés les portiques à reconnaissance faciale dans deux lycées ?
- AParce que la technique ne fonctionnait pas.
- BParce qu’un moyen moins intrusif, un badge, suffisait pour contrôler les entrées.
- CParce que les lycées n’avaient pas de caméras.
Réponse
B. Les données biométriques sont très sensibles, surtout pour des mineurs. Quand un badge atteint le même but, la reconnaissance faciale n’est pas nécessaire.
-
Que prévoit le règlement européen sur l’IA pour l’identification des visages en temps réel dans la rue par la police ?
- AElle est libre partout.
- BElle est interdite, sauf exceptions strictes, comme la recherche d’une personne disparue, avec autorisation préalable.
- CElle est obligatoire dans les grandes villes.
Réponse
B. Le principe est l’interdiction. Les exceptions sont limitées à des cas graves et doivent être autorisées par un juge ou une autorité indépendante.
Questions difficiles
Questions d’élèves embarrassantes, avec une réponse possible.
Si on n’a rien à se reprocher, pourquoi avoir peur d’être reconnu ?
Parce que les erreurs touchent aussi des innocents, comme le montre le calcul des fausses alertes. Parce que se savoir observé change les comportements : on hésite à manifester ou à se rendre dans certains lieux. Et parce qu’un outil installé pour un but peut servir demain à un autre, sous un autre gouvernement. La vie privée protège tout le monde, pas seulement ceux qui ont quelque chose à cacher.
Certains pays utilisent la reconnaissance faciale partout. Pourquoi pas nous ?
Chaque pays fait des choix différents entre sécurité et libertés. L’Union européenne a choisi d’interdire certains usages, comme la notation sociale, et d’encadrer strictement les autres. Ces choix se discutent dans le débat démocratique, ce qu’on fait justement dans cette séance.
Une photo publiée sur un réseau social peut-elle servir à me reconnaître ?
Oui, c’est ce qu’a fait l’entreprise de la carte 3 avec des milliards de photos. C’est illégal en Europe, mais cela a eu lieu. Réfléchir à ce qu’on publie et aux réglages de confidentialité reste utile, comme l’a montré la séance 22.
Et les armes qui choisissent seules leur cible ?
C’est l’un des usages les plus graves de la reconnaissance automatique. Des armes capables de repérer et d’attaquer une cible sans décision humaine existent ou sont en projet. Beaucoup d’États, d’organisations humanitaires et de chercheurs demandent qu’une décision de tuer reste toujours humaine. Le sujet est discuté aux Nations unies.