Progression
Séance 29 · Partie 6. L’IA dans la société · 55 minutes

Réseaux sociaux et information

ObjectifComprendre comment les réseaux sociaux choisissent les contenus que l’on voit.

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Déroulé

  1. 5 min

    Accroche

    Demander : pourquoi deux élèves qui ouvrent la même application ne voient-ils pas les mêmes vidéos ? Qui choisit ? Relever les réponses. Annoncer que la classe va jouer le rôle de l’algorithme.

  2. 18 min

    Le jeu de l’algorithme

    Groupes de trois : un spectateur, un algorithme, un observateur. L’algorithme dispose des seize cartes de vidéos et applique la règle de la fiche : au premier tour, il propose quatre vidéos de thèmes différents ; le spectateur en choisit une et dit s’il la regarderait longtemps ou peu ; l’algorithme note le temps de visionnage par thème, puis propose au tour suivant trois vidéos du thème le plus regardé et une au hasard. L’observateur note les thèmes proposés à chaque tour. On joue cinq tours.

  3. 10 min

    Mise en commun

    Chaque observateur lit les thèmes du dernier tour. Faire constater que les propositions se resserrent sur un ou deux thèmes, et que les vidéos marquées « choc » remontent, parce qu’elles sont souvent regardées plus longtemps. Expliquer que les vraies plateformes optimisent ainsi l’attention, avec des milliers de signaux, et que leurs recommandations pèsent lourd dans ce qui est vu. Nuancer : les études sur les bulles de filtre donnent des résultats contrastés.

  4. 7 min

    Les contenus générés en masse

    Présenter un phénomène récent : des milliers de sites d’apparence journalistique produisent automatiquement des articles avec l’IA, souvent pour attirer de la publicité, parfois pour diffuser de fausses informations. Faire dire ce que cela change pour l’algorithme et pour le lecteur : plus de contenus, moins chers, difficiles à distinguer. Rappeler la méthode de la séance 20.

  5. 5 min

    Reprendre la main

    Lister avec la classe ce que chacun peut faire : utiliser le fil chronologique ou non personnalisé que les grandes plateformes doivent proposer en Europe ; suivre volontairement des sources variées ; signaler les contenus trompeurs ; se demander, avant de partager, pourquoi ce contenu m’a été proposé.

  6. 5 min

    Trace écrite

    Projeter la trace écrite, la faire recopier ou distribuer la version imprimée.

  7. 5 min

    Vérification

    Lire les quatre questions. Les élèves notent la lettre de leur réponse, puis la correction suit aussitôt.

Savoir professeur

Les connaissances utiles pour faire la séance. Environ dix minutes de lecture.

Place de la séance

Chaque minute, des quantités immenses de contenus sont publiées sur les réseaux sociaux. Personne ne peut tout voir : un algorithme de recommandation choisit, pour chaque utilisateur, ce qui lui est proposé. C’est l’une des formes d’IA les plus présentes dans la vie des élèves, et l’une des moins visibles. La lettre de saisine demande explicitement de traiter les enjeux informationnels et démocratiques des réseaux sociaux.

Fonctionnement d’une recommandation

Un système de recommandation apprend, à partir des comportements de millions d’utilisateurs, à prédire ce qui retiendra l’attention de chacun : temps de visionnage, mentions j’aime, partages, commentaires, abonnements, et des milliers d’autres signaux. On retrouve les méthodes des séances précédentes, comme la ressemblance entre utilisateurs de la séance 5. L’objectif est fixé par l’entreprise : le plus souvent l’attention ou l’engagement, parce que la publicité en dépend. Les recommandations pèsent lourd : les responsables de grandes plateformes de vidéos ont indiqué qu’elles représentaient l’essentiel du temps de visionnage.

Rôle de l’attention

Les grandes plateformes sont gratuites pour leurs utilisateurs : elles vivent de la publicité, dont la valeur dépend du temps passé et du nombre de contenus vus. L’objectif de leurs recommandations découle de ce modèle économique. Ce n’est pas une fatalité technique : un algorithme peut être réglé pour favoriser la diversité, la fiabilité des sources ou la tranquillité, au prix d’un peu moins d’attention. Le choix de l’objectif est un choix humain, et c’est pourquoi le droit européen s’y intéresse.

Lecture du jeu

La règle de la fiche est une caricature, mais elle reproduit deux mécanismes réels. Le resserrement : en proposant surtout le thème le plus regardé, l’algorithme renforce ce qui a déjà été choisi, et les propositions se concentrent. La prime à l’émotion : les vidéos choc, souvent regardées plus longtemps, rapportent plus de points et remontent. Sur les vraies plateformes, des études ont montré que les contenus suscitant l’indignation se diffusent davantage.

Bulles de filtre

L’idée de « bulle de filtre », selon laquelle chacun serait enfermé dans ce qui conforte ses opinions, est populaire. Les études donnent des résultats contrastés. En 2023, une vaste expérience menée avec des chercheurs indépendants sur des utilisateurs américains de Facebook et d’Instagram a remplacé leur fil personnalisé par un fil chronologique pendant trois mois : ce qu’ils voyaient a changé, ils ont passé moins de temps sur les plateformes, mais leurs opinions politiques n’ont pas nettement évolué. Il faut donc enseigner le mécanisme sans exagérer ses effets.

Contenus générés en masse

L’IA générative change l’offre de contenus : elle permet de produire articles, images et vidéos en masse, à très faible coût. L’organisation NewsGuard recense plusieurs milliers de sites d’apparence journalistique produits largement par l’IA, sans vrai contrôle éditorial, souvent pour attirer de la publicité, parfois pour diffuser de fausses informations. Des États étrangers utilisent aussi ces outils pour des opérations d’influence ; en France, le service Viginum est chargé de les repérer.

Cadre légal et leviers individuels

Le règlement européen sur les services numériques impose aux très grandes plateformes de proposer au moins un fil qui ne repose pas sur le profilage, d’expliquer les grands paramètres de leurs recommandations, et d’évaluer les risques que leurs systèmes font peser sur l’information et le débat public. Chacun peut, de son côté, choisir le fil non personnalisé, varier volontairement ses sources, et se demander avant de partager pourquoi ce contenu lui a été proposé.

Conduite de la séance

Le jeu fonctionne mieux si l’algorithme applique la règle strictement : le resserrement apparaît alors en trois ou quatre tours. Pendant la mise en commun, partir des observations des groupes avant d’expliquer. Rester prudent sur les effets politiques, et éviter de diaboliser les réseaux sociaux, que les élèves utilisent aussi pour s’informer, créer et garder des liens.

Vocabulaire et erreurs fréquentes

Employer : algorithme de recommandation, engagement, personnalisation, profilage, bulle de filtre, ferme de contenus.

Deux idées reçues reviennent. « Je vois ce que je choisis » : on choisit parmi ce qui est proposé. « Les algorithmes veulent nous manipuler » : ils optimisent un objectif fixé par des humains, ce qui suffit à produire des effets indésirables.

Version avec ordinateurs

  1. Le jeu de l’algorithme se joue sur cartes.
  2. Pour l’étape « Reprendre la main », le professeur montre depuis son poste, sur un compte de démonstration, où se trouvent les réglages de personnalisation et l’option de fil non personnalisé d’une grande plateforme.
  3. Les élèves ne se connectent à aucun compte personnel en classe.

Version sans ordinateur

Le déroulé ordinaire se fait déjà sans ordinateur.

Matériel

  • Les seize cartes de vidéos, une planche par groupe, découpées.
  • La fiche de la règle de l’algorithme et une grille d’observation à cinq lignes, une par tour.

Consignes

  1. Le spectateur choisit librement, mais doit dire honnêtement s’il regarderait longtemps : c’est ce signal que l’algorithme exploite.
  2. Si un groupe ne voit pas de resserrement, lui faire rejouer en suivant strictement la règle : la règle seule suffit à le produire.
  3. Rester prudent sur les effets politiques : les études ne montrent pas toutes un enfermement, et il faut le dire.
Dossier documentaire (une fiches)

La règle de l’algorithme

Tour 1 : proposer quatre vidéos de quatre thèmes différents, tirées au hasard. À chaque tour, noter la vidéo choisie : regardée longtemps, 2 points pour son thème ; regardée peu, 1 point. Une vidéo choc regardée longtemps rapporte 3 points. Tours suivants : proposer trois vidéos du thème qui a le plus de points, en commençant par les vidéos choc de ce thème, et une vidéo d’un autre thème, au hasard. Une vidéo déjà vue peut être reproposée. Jouer cinq tours.

Imprimer les seize cartes

Trace écrite

Sur les réseaux sociaux, un algorithme de recommandation choisit, parmi des millions de contenus, ceux qui sont proposés à chacun, d’après ce qu’il a regardé, aimé ou partagé. Son objectif est le plus souvent de retenir l’attention.

Les contenus qui choquent ou indignent retiennent souvent l’attention : ils peuvent être favorisés. Les propositions peuvent se resserrer sur quelques thèmes, même si les effets sur les opinions restent débattus.

L’IA permet de produire des contenus en masse, à très faible coût, y compris de faux sites d’information. En Europe, les grandes plateformes doivent proposer un fil non personnalisé ; chacun peut aussi varier ses sources et vérifier avant de partager.

Vérification

À projeter ou à lire en fin de séance. La réponse s’affiche en cliquant sur « Réponse ».

  1. Sur quoi un algorithme de recommandation s’appuie-t-il surtout pour choisir ce qu’il propose ?

    • ASur la qualité journalistique des contenus.
    • BSur ce que l’utilisateur a regardé, aimé ou partagé, et sur ce qui retient l’attention.
    • CSur l’ordre chronologique de publication.
    Réponse

    B. Il exploite les traces de comportement, comme le temps de visionnage du jeu, pour prédire ce qui retiendra l’attention.

  2. Pourquoi les vidéos choc remontaient-elles dans le jeu ?

    • AParce qu’elles sont plus vraies.
    • BParce qu’elles étaient regardées plus longtemps et rapportaient plus de points.
    • CParce que l’algorithme les préfère par goût.
    Réponse

    B. L’algorithme n’a pas de goût : il favorise ce qui retient l’attention. Ce qui choque ou indigne y réussit souvent.

  3. Que disent les études scientifiques sur les bulles de filtre ?

    • AQu’elles enferment tout le monde dans une seule opinion.
    • BQue les résultats sont contrastés : les recommandations pèsent sur ce que l’on voit, mais leur effet sur les opinions est discuté.
    • CQu’elles n’existent pas du tout.
    Réponse

    B. Une grande étude de 2023 a montré que remplacer le fil personnalisé par un fil chronologique pendant trois mois changeait ce que les gens voyaient, sans modifier nettement leurs opinions politiques.

  4. Qu’oblige le règlement européen sur les services numériques pour les très grandes plateformes ?

    • AÀ supprimer tous les algorithmes.
    • BÀ proposer au moins un fil de recommandation qui ne repose pas sur le profilage de l’utilisateur.
    • CÀ montrer les mêmes contenus à tout le monde.
    Réponse

    B. Les utilisateurs européens peuvent choisir un fil non personnalisé. Les plateformes doivent aussi évaluer les risques que leurs systèmes font peser sur l’information.

Questions difficiles

Questions d’élèves embarrassantes, avec une réponse possible.

Les algorithmes veulent nous manipuler ?

Ils n’ont pas d’intention : ils optimisent un objectif choisi par l’entreprise, souvent le temps passé ou l’engagement, parce que c’est lui qui rapporte de la publicité. Les effets indésirables, comme la mise en avant de contenus choquants, sont des conséquences de cet objectif.

Pourquoi les plateformes ne montrent-elles pas juste les contenus dans l’ordre ?

Parce qu’il y en a beaucoup trop, et parce que la recommandation fait rester les utilisateurs plus longtemps. L’étude de 2023 a d’ailleurs montré que les personnes passées au fil chronologique passaient moins de temps sur la plateforme.

Qui produit ces faux sites d’information ?

Des personnes qui cherchent à gagner de l’argent par la publicité, et parfois des acteurs qui veulent influencer l’opinion, y compris des États étrangers. En France, le service Viginum est chargé de repérer les ingérences numériques étrangères.

Et si je veux voir surtout ce qui me plaît, c’est grave ?

Non, c’est le service rendu par la recommandation. Le risque est de ne plus rien voir d’autre sans s’en rendre compte, et de prendre ce qu’on voit pour un reflet du monde. Varier volontairement ses sources suffit souvent à garder une vue large.

Différencier