Travail et métiers
ObjectifComprendre comment l’IA transforme les tâches d’un métier, et ce qui reste humain.
Déroulé
- 5 min
Accroche
Demander : quels métiers l’IA va-t-elle faire disparaître ? Noter les réponses au tableau. Puis demander : un métier, c’est une seule tâche ? Annoncer qu’on va découper des métiers en tâches.
- 15 min
Découper les métiers
Groupes de trois ou quatre. Chaque groupe reçoit les douze cartes de tâches, trois par métier : secrétaire médicale, traductrice, radiologue, développeur. Il range chaque tâche dans l’une de trois colonnes : l’IA peut la faire en grande partie ; l’IA aide, un humain décide et vérifie ; la tâche reste essentiellement humaine. Il note la raison. Rôles : une personne lit, une range, une note.
- 10 min
Mise en commun
Relever les choix, métier par métier. Faire constater que chaque métier a des tâches dans plusieurs colonnes, et que ce qui reste humain touche à la relation, à la responsabilité, au jugement dans les situations nouvelles. Présenter l’étude de l’Organisation internationale du travail de 2023 : l’effet le plus probable de l’IA générative est de transformer les emplois plutôt que de les supprimer, mais certains emplois de bureau sont très exposés.
- 10 min
Des portraits
Lire ou faire lire les quatre portraits du dossier : une annotatrice de données, un technicien de centre de données, une juriste spécialisée dans l’IA, un enseignant qui forme à ces outils. Pour chacun, faire dire ce que la personne fait, ce qu’elle a étudié, et ce qui, dans son travail, ne peut pas être confié à une machine.
- 5 min
Projets des élèves
Demander à chaque élève d’écrire, pour un métier qui l’intéresse, une tâche que l’IA pourrait aider et une tâche qui restera humaine. Relever quelques réponses. Mentionner les formations qui mènent aux métiers du numérique et de l’IA, dont la spécialité NSI en première.
- 5 min
Trace écrite
Projeter la trace écrite, la faire recopier ou distribuer la version imprimée.
- 5 min
Vérification
Lire les cinq questions. Les élèves notent la lettre de leur réponse, puis la correction suit aussitôt.
Savoir professeur
Les connaissances utiles pour faire la séance. Environ dix minutes de lecture.
Place de la séance
La question « quels métiers vont disparaître ? » est la plus fréquente chez les élèves, et la plus mal posée. Un métier est un ensemble de tâches. L’IA peut en prendre en charge certaines, en aider d’autres, et en laisser d’autres intactes. La séance découpe quatre métiers pour le montrer.
Résultats des études
En 2023, l’Organisation internationale du travail a analysé l’exposition des emplois à l’IA générative dans le monde. Sa conclusion principale : l’effet le plus probable est une transformation de nombreux emplois, qui conservent une part importante de tâches humaines, plutôt qu’une suppression massive. Certains emplois sont toutefois très exposés à l’automatisation, en particulier les emplois administratifs, ce qui a une dimension d’égalité : dans beaucoup de pays, les femmes y sont plus nombreuses. Son actualisation de mai 2025 estime qu’un travailleur sur quatre dans le monde occupe un emploi en partie exposé, et 3,3 % seulement un emploi très exposé.
Une étude publiée la même année a suivi plus de cinq mille agents d’un service client qui ont reçu un assistant d’IA. Leur productivité a augmenté d’environ 14 % en moyenne, et de bien davantage pour les agents débutants, à qui l’outil transmettait les pratiques des agents expérimentés. Cette étude montre un effet réel, sur une tâche précise ; elle ne dit rien des effets à long terme sur l’emploi ou les salaires, qui restent incertains.
D’autres mesures sont plus prudentes. En 2025, l’organisme de recherche METR a confié à seize développeurs expérimentés deux cent quarante-six tâches réelles, chacune tirée au sort pour être faite avec ou sans IA. Avec l’IA, ils ont mis 19 % de temps en plus. Pourtant, ils estimaient après coup avoir été 20 % plus rapides. À l’échelle des entreprises, une enquête menée à l’été 2026 auprès de près de neuf mille dirigeants, dans sept pays, conclut à un effet modeste : environ 0,2 % de productivité en plus par an sur les trois dernières années. Les dirigeants n’observent presque aucun effet net sur le nombre d’emplois, mais plus de 40 % des entreprises prévoient des créations ou des suppressions de postes, qui se compensent globalement.
Ces résultats ne se contredisent pas forcément. Les effets dépendent de la tâche, de l’expérience des personnes et des outils de l’époque, qui progressent vite. Ils montrent surtout une leçon d’esprit critique : le sentiment d’aller plus vite n’est pas une mesure. Seule une comparaison rigoureuse, avec et sans IA, permet de savoir.
Il faut aussi rappeler le travail invisible vu à la séance 4 : l’étiquetage des données et la vérification des contenus, souvent sous-traités et peu payés.
Quatre métiers
Les cartes ont été choisies pour que chaque métier ait au moins une tâche dans chaque colonne, ou presque. Les tâches les plus automatisables sont répétitives et bien définies : proposer des créneaux, traduire une notice, écrire une fonction courante. Les tâches aidées demandent une vérification humaine : mettre en forme un compte rendu, repérer des anomalies sur des images, relire et tester un code. Les tâches qui restent humaines engagent la relation, la responsabilité et le jugement : accueillir un patient angoissé, annoncer un diagnostic, comprendre un client.
La frontière bouge avec les outils, et dépend de l’organisation de chaque entreprise. C’est pourquoi les désaccords entre groupes sont normaux.
Métier de développeur
Le métier de développeur montre bien ce déplacement. Les assistants écrivent désormais une part importante du code courant, et les entreprises continuent pourtant de recruter des développeurs. Leur travail change de centre. Il faut d’abord vérifier le code produit : le relire, le tester, y repérer les erreurs et les failles. Il faut ensuite juger : choisir une solution parmi plusieurs, décider de ce qui sera livré, en répondre. De plus en plus, il s’agit aussi de préciser un problème encore flou, et de noter dans un journal des décisions pourquoi chaque choix a été fait. Il faut aussi décrire clairement ce que l’on attend, dans un cahier des charges ou une documentation, car un assistant ne devine pas un besoin mal formulé. Il faut enfin contrôler les agents, ces assistants qui enchaînent seuls plusieurs actions : leur fixer des étapes, valider chaque étape importante, garder une trace de ce qu’ils ont fait.
Ces compétences supposent de comprendre comment une application est construite : où sont ses données, comment elle est protégée, où elle est hébergée. Sans ces bases, on ne peut pas juger ce que l’IA produit. C’est ce qu’enseigne la spécialité NSI.
Ces quatre compétences ne sont pas réservées à l’informatique. Elles valent pour tout métier où l’IA intervient, et elles se travaillent au lycée : vérifier une réponse, argumenter un choix, rédiger une consigne précise.
Une image aide à saisir ce changement. Avec une machine électrique, un menuisier reste menuisier : il fait le même travail, plus vite. Un développeur qui confie le code à des agents ressemble plutôt à un chef d’atelier : il ne fabrique plus lui-même, il organise, contrôle et répond du résultat. Le travail change de nature, pas seulement de vitesse. Ce nouveau rôle plaît à certains. D’autres, pourtant très compétents, quittent le métier : ils sauraient s’adapter, mais ils aimaient fabriquer. Choisir un métier, c’est donc aussi choisir ce qu’on aime faire au quotidien.
Portraits
Chaque portrait se lit en une minute et se termine de la même façon : ce que la machine ne fait pas à la place de la personne. Les quatre portraits sont des portraits types, inventés à partir de métiers réels, avec une répartition équilibrée entre femmes et hommes et des parcours variés : licence de langues, BTS, master de droit, professorat. Ils montrent que l’IA crée et transforme des métiers bien au-delà de l’informatique, et que des formations diverses y mènent. La séance peut être reliée au travail d’orientation de seconde, et à la spécialité NSI pour les élèves attirés par la conception des systèmes.
Choix humains
Les effets de l’IA sur le travail ne sont pas une fatalité technique. Ils dépendent de choix : ceux des entreprises qui décident d’automatiser ou d’aider, ceux des salariés et de leurs représentants, ceux des pouvoirs publics qui fixent les règles. Le règlement européen classe à haut risque les systèmes d’IA qui servent à recruter ou à évaluer les salariés.
Conduite de la séance
Le sujet inquiète parfois les élèves, et leurs familles. Il touche aussi des adultes qui voient leur métier changer, et qui décrivent parfois une perte de fierté ou de sens : reconnaître ce malaise, sans le nier ni le dramatiser, aide les élèves à en parler. Il faut éviter deux écueils : le discours de la catastrophe, qui décourage, et celui de l’optimisme sans nuance, qui ne prépare à rien. La meilleure réponse est le découpage en tâches, qui transforme une peur vague en questions précises : qu’est-ce qui, dans ce métier, demande de la relation, de la responsabilité, du jugement ? Pendant l’étape « Projets des élèves », accueillir tous les projets, y compris ceux qui semblent éloignés du numérique : presque tous les métiers ont des tâches que l’IA peut aider, et des tâches qu’elle ne fera pas. Valoriser enfin les compétences que la scolarité développe et que les portraits mettent en avant : comprendre, écrire, vérifier, travailler avec les autres.
Vocabulaire et erreurs fréquentes
Employer : tâche, automatisation, aide à la décision, agent, cahier des charges, exposition à l’IA, responsabilité.
Trois idées reçues reviennent. « L’IA va remplacer tous les métiers » : les études parlent surtout de transformation. « Seuls les métiers peu qualifiés sont touchés » : les emplois de bureau et certains métiers qualifiés sont très exposés. « Les métiers de l’IA sont réservés aux informaticiens » : les portraits montrent le contraire.
Version avec ordinateurs
- Le découpage des métiers se fait sur cartes.
- Pour l’étape « Projets des élèves », les élèves consultent la fiche d’un métier qui les intéresse sur le site de l’ONISEP et y cherchent ce qui est dit des outils numériques et de l’IA.
- Ils notent une tâche du métier que l’IA pourrait aider et une compétence humaine mise en avant par la fiche.
Version sans ordinateur
Le déroulé ordinaire se fait déjà sans ordinateur.
Matériel
- Les douze cartes de tâches, une planche par groupe, découpées.
- Le dossier des quatre portraits, un par groupe ou projeté.
Consignes
- Préciser que les portraits sont des portraits types, inventés à partir de métiers réels, pour montrer des parcours variés.
- Accepter les désaccords sur les colonnes : la frontière bouge avec les outils, et elle dépend de l’organisation de chaque entreprise.
- Éviter le fatalisme comme l’optimisme : les effets dépendent aussi de choix humains, ceux des entreprises, des salariés et des pouvoirs publics.
Dossier documentaire (quatre fiches)
Portrait 1. Inès, annotatrice de données
Après une licence de langues, Inès étiquette et vérifie des textes et des images qui servent à entraîner des modèles, pour une entreprise de services. Elle rédige aussi les consignes d’étiquetage. Ce que la machine ne fait pas à sa place : juger les cas ambigus et repérer les erreurs. Portrait type, inventé à partir de métiers réels.
Portrait 2. Karim, technicien de centre de données
Titulaire d’un BTS en systèmes numériques, Karim surveille et répare les serveurs, le refroidissement et l’alimentation électrique d’un centre de données près de Marseille. Ce que la machine ne fait pas à sa place : intervenir physiquement, de jour comme de nuit, quand quelque chose casse. Portrait type, inventé à partir de métiers réels.
Portrait 3. Claire, juriste spécialisée en IA
Après un master de droit du numérique, Claire aide des entreprises à respecter le règlement européen sur l’IA et la protection des données. Elle évalue les risques d’un système avant son utilisation. Ce que la machine ne fait pas à sa place : interpréter la loi dans un cas précis et en répondre. Portrait type, inventé à partir de métiers réels.
Portrait 4. Thomas, enseignant formateur
Professeur de mathématiques, Thomas forme aussi ses collègues à l’usage des outils d’IA en classe. Il conçoit des activités où les élèves vérifient les réponses des assistants. Ce que la machine ne fait pas à sa place : connaître ses élèves et adapter son cours à chacun. Portrait type, inventé à partir de métiers réels.
Corrigé des cartes
- Secrétaire médicale L’IA peut en faire une grande partie, avec un contrôle humain des cas particuliers.
- Secrétaire médicale L’IA aide ; le médecin relit et signe, il en est responsable.
- Secrétaire médicale Essentiellement humaine : relation, jugement, responsabilité.
- Traductrice L’IA peut en faire une grande partie ; une relecture professionnelle reste nécessaire.
- Traductrice L’IA peut aider sur un premier jet ; le travail littéraire reste humain.
- Traductrice Essentiellement humaine : enjeux, émotions, confiance.
- Radiologue L’IA aide beaucoup ; le radiologue vérifie et décide.
- Radiologue Essentiellement humaine.
- Radiologue Humaine, avec des outils d’aide : la responsabilité médicale ne se délègue pas.
- Développeur L’IA peut en faire une grande partie ; le code doit être relu et testé.
- Développeur Essentiellement humaine : écoute, questions, compréhension du contexte.
- Développeur L’IA aide à tester et à repérer des failles ; un humain relit, décide et en répond.
Trace écrite
L’IA transforme surtout des tâches plutôt que des métiers entiers : dans un même métier, certaines tâches peuvent être largement automatisées, d’autres sont aidées, d’autres restent humaines.
Ce qui reste humain touche le plus souvent à la relation avec les personnes, à la responsabilité des décisions et au jugement dans les situations nouvelles.
Avec l’IA, certaines compétences comptent davantage : vérifier ce qu’elle produit, juger, décrire clairement ce que l’on attend et contrôler les tâches qu’on lui confie.
L’IA crée aussi des métiers, de l’étiquetage des données au droit du numérique, et en transforme d’autres. Ses effets dépendent de choix humains : ceux des entreprises, des salariés et des pouvoirs publics.
Vérification
À projeter ou à lire en fin de séance. La réponse s’affiche en cliquant sur « Réponse ».
-
D’après l’Organisation internationale du travail, quel est l’effet le plus probable de l’IA générative sur l’emploi ?
- ALa disparition de la plupart des métiers d’ici dix ans.
- BLa transformation de nombreux emplois, plus que leur suppression, avec certains emplois de bureau très exposés.
- CAucun effet.
Réponse
B. L’étude de 2023 conclut que l’IA générative modifie surtout des tâches. Les emplois administratifs sont parmi les plus exposés à l’automatisation.
-
Pourquoi « expliquer à une patiente ce que montre son examen » reste-t-il une tâche humaine ?
- AParce que l’IA ne sait pas parler.
- BParce qu’elle demande de la relation, de l’adaptation à la personne et engage la responsabilité du médecin.
- CParce que c’est interdit par la loi dans tous les cas.
Réponse
B. Une machine peut produire un texte, mais l’annonce engage une relation de confiance et une responsabilité professionnelle.
-
Une étude de 2023 a observé des agents de service client utilisant un assistant. Qu’a-t-elle montré ?
- AUne hausse de productivité d’environ 14 %, plus forte pour les agents débutants.
- BLe remplacement de tous les agents.
- CUne baisse de la qualité du service.
Réponse
A. Les agents débutants ont gagné le plus : l’outil leur transmettait les pratiques des agents expérimentés. Les effets à long terme restent étudiés.
-
Des développeurs expérimentés ont travaillé avec et sans IA. Qu’a montré la mesure ?
- AQu’ils allaient deux fois plus vite avec l’IA.
- BQu’ils mettaient 19 % de temps en plus avec l’IA, tout en croyant avoir été plus rapides.
- CQu’ils ne savaient plus programmer sans l’IA.
Réponse
B. Ils estimaient avoir gagné 20 % de temps, alors qu’ils en avaient perdu. Le ressenti ne remplace pas une mesure, et le résultat dépend des outils et des tâches étudiés.
-
Pourquoi parle-t-on de travail invisible derrière l’IA ?
- AParce que les machines travaillent la nuit.
- BParce que des personnes, souvent peu payées, étiquettent les données et vérifient les contenus qui servent à entraîner les modèles.
- CParce que les programmeurs se cachent.
Réponse
B. La séance 4 l’a montré : sans ce travail humain, pas de données d’entraînement de qualité.
Questions difficiles
Questions d’élèves embarrassantes, avec une réponse possible.
Ça sert encore à quelque chose d’apprendre un métier ?
Oui. Les outils changent les tâches, mais les métiers demandent toujours de comprendre, de juger, de communiquer et d’assumer des décisions. Ce sont justement les compétences qu’on développe en apprenant, et celles qui permettent d’utiliser l’IA intelligemment.
Ça sert encore d’apprendre à programmer, si l’IA écrit le code ?
Oui. Pour relire un code, trouver une erreur ou juger une solution, il faut savoir lire et écrire du code. On ne peut pas vérifier ce que l’on ne comprend pas. La spécialité NSI en première apprend justement à programmer et à tester.
Les femmes et les hommes sont-ils touchés de la même façon ?
Pas toujours. L’étude de l’Organisation internationale du travail note que les emplois de bureau, où les femmes sont plus nombreuses dans beaucoup de pays, sont parmi les plus exposés à l’automatisation. À l’inverse, les femmes sont minoritaires dans les métiers qui conçoivent l’IA, ce qui pèse sur la façon dont elle est construite.
L’IA va-t-elle remplacer les professeurs ?
Elle peut aider à préparer des exercices, corriger certaines tâches ou expliquer autrement. Mais enseigner, c’est aussi connaître ses élèves, les motiver, adapter son cours, évaluer avec justice : un travail de relation et de jugement. La séance 32 montrera pourquoi apprendre seul avec une machine a ses limites.
Qui décide de remplacer une tâche par une machine ?
Des humains : les directions d’entreprise, parfois en discussion avec les salariés et leurs représentants, dans un cadre fixé par la loi. Le règlement européen classe à haut risque les systèmes d’IA qui servent à recruter ou à évaluer les salariés. Les effets de l’IA sur le travail sont donc aussi une question de choix collectifs.