L’IA au service des apprentissages
ObjectifDistinguer les usages de l’IA qui aident à apprendre de ceux qui remplacent l’effort.
Déroulé
- 5 min
Accroche
Demander : si un robot soulève les haltères à votre place à la salle de sport, devenez-vous plus fort ? Laisser réagir, puis transposer : si un assistant fait vos exercices, apprenez-vous ? Annoncer qu’une étude a mesuré exactement cela avec des lycéens.
- 10 min
Deux élèves, un contrôle
Lire les deux scénarios du dossier : Léo fait faire ses exercices par un assistant et recopie ; Maya cherche d’abord seule, puis demande à l’assistant de repérer ses erreurs sans donner la solution. Faire prévoir, à main levée, qui réussira le mieux pendant l’entraînement, puis au contrôle sans IA. Présenter ensuite les résultats de l’étude de 2025 menée auprès de près de mille lycéens.
- 15 min
Aider ou remplacer
Groupes de trois ou quatre. Chaque groupe range les douze cartes d’usages en deux colonnes : « m’aide à apprendre » et « fait à ma place ». Pour les cartes difficiles, il cherche à quelle condition l’usage aide vraiment. Rôles : une personne lit, une range, une note les conditions.
- 10 min
La méthode
Mettre en commun, puis construire la méthode au tableau : produire d’abord, seul ; utiliser l’IA pour être interrogé, corrigé, contredit, pas pour obtenir la réponse ; vérifier ce qu’elle dit ; se poser la question finale : « Est-ce que je peux réexpliquer ça sans l’IA ? » Distribuer la check-list de l’élève.
- 5 min
Un engagement
Chaque élève écrit, pour la matière de son choix, un usage de l’IA qu’il va essayer cette semaine pour apprendre, et un usage qu’il s’interdit. Ces engagements serviront à la séance 33, la charte de la classe.
- 5 min
Trace écrite
Projeter la trace écrite, la faire recopier ou distribuer la version imprimée.
- 5 min
Vérification
Lire les quatre questions. Les élèves notent la lettre de leur réponse, puis la correction suit aussitôt.
Savoir professeur
Les connaissances utiles pour faire la séance. Environ dix minutes de lecture.
Place de la séance
Les séances précédentes ont expliqué comment fonctionne l’IA et les questions qu’elle pose à la société. Celle-ci revient à l’élève lui-même : comment s’en servir pour apprendre, plutôt que pour éviter d’apprendre. C’est l’un des enjeux les plus concrets de l’« usage éclairé » demandé par la lettre de saisine.
Rôle de l’effort
Les sciences cognitives montrent depuis longtemps qu’on retient mieux ce qu’on a dû chercher, produire ou retrouver soi-même que ce qu’on a seulement lu. Se tester, se tromper, recommencer sont des moteurs de l’apprentissage. Un assistant qui donne immédiatement la réponse supprime cet effort : le travail rendu est meilleur, mais l’apprentissage n’a pas eu lieu. L’analogie de la salle de sport fonctionne bien avec les élèves.
Étude de 2025
Une expérience menée auprès de près de mille lycéens de mathématiques, publiée en 2025, en donne une mesure frappante. Trois groupes se sont entraînés : avec un assistant ordinaire, avec un assistant réglé pour donner des indices sans la solution, ou sans assistant. Pendant l’entraînement, les notes ont bondi : plus 48 % avec l’assistant ordinaire, plus 127 % avec l’assistant à indices. Mais à l’examen, sans IA, les élèves qui avaient utilisé l’assistant ordinaire ont obtenu des notes inférieures de 17 % à celles des élèves sans assistant : ils s’en étaient servis comme d’une béquille. L’assistant à indices a largement évité cette baisse.
Deux leçons en ressortent. L’IA mal utilisée peut nuire à l’apprentissage, même quand elle améliore le travail immédiat. Et le réglage de l’outil, comme la façon de s’en servir, change tout : guider sans faire à la place préserve l’effort.
Il faut présenter ces résultats avec leurs limites : une matière, un pays, quelques semaines. Une autre étude de 2025, menée au MIT sur un petit groupe d’adultes, a observé une activité cérébrale plus faible et un moins bon souvenir de leur texte chez ceux qui l’écrivaient avec un assistant ; ses auteurs parlent de dette cognitive. Elle porte sur peu de personnes et n’a pas été confirmée ; on peut la citer comme un signal, pas comme une preuve.
Apports
La séance ne doit pas laisser croire que l’IA nuit forcément aux apprentissages. Bien utilisée, elle offre des possibilités nouvelles : un interlocuteur patient pour s’entraîner à l’oral dans une langue étrangère, des questions d’entraînement à volonté, une explication reformulée quand celle du cours n’a pas été comprise, une aide à la lecture pour un élève dyslexique ou allophone, un plan de révision. Ces usages ont un point commun : l’élève reste l’auteur de l’effort, et l’outil l’accompagne. C’est le critère que les cartes font appliquer, et celui que les élèves pourront réutiliser seuls, face à des outils qui auront changé dans quelques années.
Cartes et méthode
Les douze cartes reprennent en grande partie une check-list de l’élève écrite dans un lycée pour ses classes. Six usages font le travail à la place de l’élève, six l’aident à apprendre, et plusieurs dépendent d’une condition : résumer un livre aide après l’avoir lu, pas à la place ; une explication simplifiée aide si l’on revient ensuite à la notion exacte. La méthode à construire tient en quatre gestes : produire d’abord, seul ; utiliser l’IA pour être interrogé, corrigé, contredit ; vérifier ce qu’elle dit ; se demander enfin : est-ce que je peux réexpliquer ça sans l’IA ?
Journal des décisions
Un outil simple aide à garder la main : le journal des décisions. Pour un travail fait avec l’aide d’une IA, l’élève note en une ligne chaque réponse qu’il a gardée ou rejetée, et pourquoi. Par exemple : « gardé le plan proposé, mais remplacé la deuxième partie, hors sujet » ou « rejeté la date donnée, fausse d’après le manuel ». Ce journal l’oblige à juger plutôt qu’à recopier. Il montre au professeur la part de travail personnel. Il reprend enfin une pratique des métiers du numérique, où l’on consigne les choix techniques pour pouvoir les expliquer, comme l’a présenté la séance 28.
Conduite de la séance
Éviter le réquisitoire : les élèves utilisent déjà ces outils, et une séance qui les condamne en bloc perd leur attention. L’objectif est qu’ils découvrent par eux-mêmes, avec les scénarios et l’étude, que la façon de s’en servir décide de ce qu’ils apprennent. L’engagement final prépare la charte de la séance 33 ; le conserver. Il peut aussi être relu quelques semaines plus tard, en demandant à chacun s’il l’a tenu et ce qu’il en a retiré.
Vocabulaire et erreurs fréquentes
Employer : effort, béquille, se tester, produire d’abord, tuteur.
Trois idées reçues reviennent. « Si mon devoir est juste, j’ai appris » : l’étude montre le contraire. « L’IA, c’est forcément de la triche » : se faire interroger n’en est pas. « Les explications simplifiées suffisent » : elles donnent souvent l’illusion de comprendre.
Version avec ordinateurs
- Le tri des usages se fait sur cartes.
- Pour l’étape « La méthode », le professeur projette un assistant depuis son poste, ou l’outil fourni par l’établissement, et montre la même situation de deux façons : « Résous cet exercice » puis « Voici ma résolution ; à quelle étape me suis-je trompé ? Ne donne pas la réponse. »
- Il montre ensuite une demande qui transforme l’assistant en interrogateur : « Pose-moi cinq questions sur ce chapitre, une par une, et corrige chaque réponse. »
- Les élèves n’utilisent aucun assistant sur leur poste et ne créent aucun compte.
Version sans ordinateur
Le déroulé ordinaire se fait déjà sans ordinateur.
Matériel
- Les douze cartes d’usages, une planche par groupe, découpées.
- Le dossier des deux scénarios, à lire ou projeter.
- La check-list de l’élève, une par élève.
Consignes
- Présenter l’étude de 2025 avec ses chiffres, mais aussi ses limites : une matière, un pays, une durée de quelques semaines.
- Ne pas faire de la séance un réquisitoire : plusieurs cartes montrent des usages qui aident vraiment à apprendre.
- Pour l’engagement, accepter des usages simples et réalistes ; l’important est que chacun en formule un.
Dossier documentaire (trois fiches)
Deux élèves, un contrôle
Léo et Maya préparent le même contrôle de mathématiques. Léo donne chaque exercice à un assistant, lit la solution et la recopie : ses exercices sont tous justes. Maya cherche d’abord seule pendant dix minutes, puis montre sa résolution à l’assistant en lui demandant de repérer ses erreurs sans donner la réponse. Elle se trompe souvent, recommence, et finit plus tard. Le jour du contrôle, sans IA, qui réussit le mieux ?
Ce qu’a mesuré une étude de 2025
Près de mille lycéens de mathématiques ont été répartis en trois groupes pour s’entraîner : avec un assistant ordinaire, avec un assistant réglé pour donner des indices sans la solution, ou sans assistant. Pendant l’entraînement, les notes ont augmenté de 48 % avec l’assistant ordinaire et de 127 % avec l’assistant à indices. Mais à l’examen sans IA, les élèves qui avaient utilisé l’assistant ordinaire ont eu des notes inférieures de 17 % à celles des élèves sans assistant ; l’assistant à indices a largement évité cette baisse.
La check-list de l’élève
Je réfléchis d’abord par moi-même ; l’IA m’aide ensuite à aller plus loin, jamais à faire le travail à ma place. Je peux lui demander : de mettre mon raisonnement à l’épreuve, de repérer mes erreurs sans la solution, d’expliquer autrement avec un exemple, de me donner seulement la première étape pour démarrer, de me poser des questions sur mon cours et de corriger mes réponses, de m’aider à planifier mes révisions. Je ne fais jamais : écrire à ma place un devoir que je dois rendre, recopier une réponse sans l’avoir vérifiée ni pouvoir la réexpliquer, y saisir des données personnelles. Mon test avant de rendre : est-ce que je peux réexpliquer ça sans l’IA ? Si la réponse est non, je n’ai pas encore appris.
Corrigé des cartes
- Usage 1 Fait à ma place : c’est l’usage qui a fait baisser les résultats dans l’étude de 2025.
- Usage 2 M’aide à apprendre : j’ai produit d’abord, et je garde l’effort de corriger.
- Usage 3 Fait à ma place, et c’est une fraude si le devoir doit être personnel.
- Usage 4 M’aide à apprendre : se tester est l’une des méthodes de révision les plus efficaces.
- Usage 5 Fait à ma place si je ne lis pas le livre ; peut aider après lecture, pour vérifier ma compréhension.
- Usage 6 M’aide à apprendre : il me fait réfléchir davantage.
- Usage 7 M’aide, à condition de vérifier l’explication avec mon cours et de pouvoir la réexpliquer ensuite.
- Usage 8 Fait à ma place : l’exercice consiste justement à écrire en anglais.
- Usage 9 M’aide à apprendre : je pratique moi-même la langue.
- Usage 10 M’aide à m’organiser ; le travail de révision reste le mien.
- Usage 11 Donne souvent l’illusion de comprendre : il faut ensuite revenir à la notion exacte et se tester.
- Usage 12 Fait à ma place, et risqué : les hallucinations de la séance 16 sont écrites avec la même assurance.
Trace écrite
Apprendre demande un effort : chercher, se tromper, recommencer. Si une IA fait le travail à notre place, on obtient une bonne réponse mais on n’apprend pas, et l’on réussit moins bien ensuite sans elle.
L’IA peut aider à apprendre quand on produit d’abord soi-même et qu’on l’utilise pour être interrogé, corrigé ou contredit, plutôt que pour obtenir la réponse.
Avant de rendre un travail, se demander : est-ce que je peux réexpliquer ça sans l’IA ? Si la réponse est non, on n’a pas encore appris.
Vérification
À projeter ou à lire en fin de séance. La réponse s’affiche en cliquant sur « Réponse ».
-
Dans l’étude de 2025, que s’est-il passé à l’examen pour les élèves qui s’étaient entraînés avec un assistant ordinaire ?
- AIls ont eu les meilleures notes.
- BIls ont eu des notes inférieures à celles des élèves qui s’étaient entraînés sans assistant.
- CLeurs notes n’ont pas changé.
Réponse
B. Leurs exercices d’entraînement étaient meilleurs, mais ils avaient utilisé l’assistant comme une béquille. Sans lui, leurs notes étaient inférieures de 17 %.
-
Quel usage aide le plus à apprendre ?
- AFaire résoudre l’exercice et recopier la solution.
- BChercher seul, puis demander à l’assistant de repérer ses erreurs sans donner la réponse.
- CLui faire écrire le devoir et changer quelques mots.
Réponse
B. L’effort de chercher et de corriger reste à l’élève : c’est cet effort qui fait apprendre.
-
Pourquoi l’assistant à indices a-t-il évité la baisse à l’examen ?
- AParce qu’il donnait les réponses plus vite.
- BParce qu’il donnait des indices sans la solution, si bien que les élèves faisaient eux-mêmes le travail.
- CParce qu’il était plus puissant.
Réponse
B. Le réglage de l’outil change son effet sur l’apprentissage : un outil qui guide sans faire à la place préserve l’effort.
-
Quelle question se poser avant de rendre un travail fait avec l’aide d’une IA ?
- AEst-ce que le texte est assez long ?
- BEst-ce que je peux réexpliquer ça sans l’IA ?
- CEst-ce que l’IA a répondu vite ?
Réponse
B. Si l’on ne peut pas réexpliquer, on n’a pas appris, quelle que soit la qualité du travail rendu.
Questions difficiles
Questions d’élèves embarrassantes, avec une réponse possible.
Mais si l’IA fait mieux que moi, à quoi bon apprendre ?
Pour comprendre ce qu’elle produit, la vérifier, et savoir quand elle se trompe : sans connaissances, on ne voit pas ses erreurs. Et l’on apprend aussi pour soi : raisonner, s’exprimer, se souvenir sont des capacités qui se développent en s’exerçant, comme un muscle.
C’est de la triche d’utiliser l’IA pour les devoirs ?
Cela dépend de ce que le professeur autorise, et la charte de la séance 33 le précisera. Présenter comme sien un travail fait par une machine, quand il doit être personnel, est une fraude. Utiliser l’IA pour s’entraîner, se faire interroger ou repérer ses erreurs ne l’est pas.
On parle de dette cognitive : c’est prouvé ?
Une étude de 2025 a observé, chez un petit groupe d’adultes, une activité cérébrale plus faible et un moins bon souvenir de leur propre texte quand ils l’écrivaient avec un assistant. C’est un signal intéressant, mais l’étude porte sur peu de personnes et n’a pas encore été confirmée. L’étude sur les lycéens, plus large, va dans le même sens.
Et pour les élèves en difficulté, l’IA n’est-elle pas une chance ?
Elle peut l’être : expliquer autrement, simplifier un texte, faire répéter sans se lasser. L’étude de 2025 montre qu’un assistant bien réglé aide à l’entraînement sans nuire à l’examen. La condition reste la même : que l’élève fasse lui-même l’effort, et que l’outil l’accompagne au lieu de le remplacer.